Ce que les marchés ne peuvent réguler
... une théorie inutile pour l’essentielle, a t’elle des chances d’être utile pour le reste ?
Vendredi 28 janvier 2011, par //
point de vue image du monde
Version imprimable
J’ai tendance à ignorer les mantras idéologique ayant pour but d’expliquer le monde. J’ai tendance à ne pas réagir au discours de nos hommes politiques. Mais dans certaines circonstances, je suis juste choqué par celles-ci
Et cette circonstance est le décès de ma grand mère.
Ma grand mère a toujours souhaité mourir chez elle. Malheureusement, suite à des problèmes de santé, il a fallu l’hospitaliser. Les relations de ma grand mère avec le personnel soignant ont été assez mauvaise : elle ne supportait pas d’être traitée comme une enfant. Que l’on ne nettoie pas quand cela est nécessaire, mais quand cela arrange. Laissant à proprement parler les gens dans la merde le temps qu’il faut.
Étant devenue la paria de l’hôpital, et sa situation « réglée », il a fallu la transférer. Quand je l’ai visité, elle me disait qu’il était dure que personne ne vous parle pendant une journée. Évidemment, vu qu’elle a « embêté » le personnel en demandant ce qu’elle considérait comme naturel, elle était ignorée en représaille.
La maison de retraite était dans le même mode. Ma grand mère insultait (comme je l’aurais fait) le personnel qui la traitait comme une chose.
Le modèle économique de la mort
Comprenez bien, je n’en veux pas au personnel des maisons de retraites et hôpitaux : il y a un nombres limités d’heures dans une journée, et une somme d’actes à faire qui tienne dans l’enveloppe, traiter ma grand mère comme elle le demandait aurait requis plus de personnel. Et au moins dans le cas des maisons de retraites, les usagers (i.e. les familles qui désirent ne pas voir la mort de trop près) trouvent déjà le prix trop élevé, donc une prestation digne, non remboursable par la sécurité sociale et chère, n’est pas conforme avec le besoin.
Et si vous avez accompagné la mort d’un proche, on n’est jamais assez payé pour ça.
Quand l’économie ne marche pas
Ma mère et mon père ont donc décidé une semaine avant la mère de ma grand mère de la prendre à la maison.
Suffisamment amochée par son passage en maison de retraite et en hôpital, sa santé a décliné. Si vous pensez qu’accompagner une personne mourante c’est tenir la main à une personne le visage rose, vous regardant gentiment vous vous trompez. C’est une corps gris recroquevillé, la machoire afaissée, des dents noires, le regard vitreux et le bruit du râle d’agonie que l’on soupçonne être des tentatives de parler...
Mes parents sont restés auprès d’elle jour et nuit. Mon frère et venu auprès d’elle lui tenir la main pour sa dernière journée.
Il y a des jours on sait que l’on est pas à la hauteur, mais aussi que l’on a une famille formidable.
Ma grand mère est partie dignement dans une paix relative et entourée.
Quand ma mère a demandé à des médecins de venir faire leur métier contre rétribution elle n’a trouvé personne sauf un le médecin de famille ... qui est intervenu par amitié.
Il y a des choses que l’argent prétend offrir, mais qu’au final elle ne peut permettre d’obtenir : l’assistance d’agents économiques drapés dans leurs serments déontologiques.
De part la monétisation de toute choses, il paraît logique que l’on peut déléguer l’accompagnement de ses proches à la mort.
Le modèle économique (torcher, nettoyer, donner les pillules, déplacer) permet de faire correspondre au souhait un tarif.
Cependant, toute personne normale confrontée à la mort -personnel soignant/accompagnant inclus- possède une limite au-delà de laquelle on se blinde. Et surtout, celle ou celui qui est accompagné, est rarement la personne qui décide, et elle a rarement les informations pour choisir.
Le business model des maisons de retraites s’adresse surtout à ceux qui veulent pouvoir laisser les choses de la mort se dérouler loi d’elles, mais même si les mourants sont inutiles (économiquement parlant), il me semble que tout le monde a le droit de mourir dignement.
Je ne crois pas vu la dureté de la tâche qu’une famille puisse déléguer sa mission, même pour de l’argent. Je ne vois pas comment le modèle économique peut répondre grâce à la loi du marché, à l’exigence de respect qui est du à tout à chacun.
Certes mes parents sont considérés comme des maginaux. Et justement une partie de leur originalité est de croire dans le respect qui est dû à tous. A fortiori nos proches. Peut être que c’est pour ça qu’ils ont agi ainsi.
Je ne vois aucune loi, aucune allocation, aucune offre économique qui puisse aboutir au même résultat. Je vois très peu d’expériences dans la vie qui soient aussi fortes, et je constate que l’approche économique est nulle et non avenue pour apporter une offre décente. Une théorie qui est inutile pour les choses importantes a peu de chance d’être utile pour le reste, non ?
Penser avec sa tête au lieu de son cul
Je ne suis pas religieux, et je ne le serais jamais. Je ne crois pas en la morale. Et il me semble important que nous tous n’oublions jamais que dans les équations économiques et/ou idéologiques qui nous sont proposées par une myriade de maîtres penseurs, la douleur et la dignité de l’autre ne sont jamais évoquées.
Ce que nos modèles politiques/théoriques/économiques/religieux encouragent c’est l’ignorance de la douleur de l’autre. Certes, les discours sont apparemment d’aider les victimes parfois ou souvent de manière monétaire, mais l’empathie actuelle exprimée est d’autant plus forte que la personne qui souffre est loin.
Je vous le dis comme je le pense, nos hommes politiques peuvent parler aussi fort qu’ils veulent de la dépendance, je n’entends que de la merde. Car parler d’allocation, c’est pour moi l’antithèse de la solution ; autant que faire ce peu, il devrait être du devoir de chaque famille et/ou amis de s’occuper de ses proches, et je ne comprends pas comment on peut imaginer déléguer cette mission quelque soit le salaire envisagé à une tierce personne.
C’est vrai alternativement que comme suggéré « elle aurait dû ne pas s’accrocher et partir plus tôt » (afin de ne pas gacher les sports d’hiver). C’est vrai qui sont ses humains qui s’accrochent à la vie dans le mépris des vivants ?
Ce qui me fait craindre que pour beaucoup l’euthanasie soit juste le moyen d’avoir un bouton poussoir permettant de faire partir leur mort dans le silence sans qu’ils aient à souffrir de s’occuper de cette ennuyeuse formalité. Une société qui n’assure pas le départ digne de l’ensemble ses aînés dans la dignité me semble bien incapable a fortiori d’être légitime à débattre de la dignité des aînés qui souffrent à partir dignement.
La mort fait partie de nos existences, et je ne pense pas qu’on puisse être adulte tant que l’on ne l’a pas approchée. Chacun de celles et ceux qui nous quittent devraient mourir entourés et je suis choqué qu’on imagine que l’argent puisse permettre de déléguer ce devoir.
Cela fait parti de nos devoirs d’être vivant à l’égard de ceux qui nous ont été proches.
P.-S.
Je n’ai que le mérite d’être né dans une famille que je respecte et ne fait que relater les qualités des autres.
