Pourquoi les créationistes auront-ils toujours raison, même si ils ont tort ?
Comment les philosophes ont niqué les sophistes (part I)
Mercredi 11 novembre 2009, par //
point de vue image du monde
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Epicure disait
Celui qui dit que tout arrive par nécessité a forcément raison.
Normalement je pourrais m’arrêter là : ce que décrit Epicure est un argument qui est toujours vrai quelque soit la vérité intrinsèque de votre point de vue. On appelle cela une tautologie.
Le créationisme est une tautologie : qu’ils aient tort ou raison leur assertion sur un plan formel/logique est toujours vrai. Mais ce qui est formellement vrai ne l’est pas toujours. Exemple La lumière est onde (faux car elle se comporte comme un corpuscule) , la lumière est corpuscule (faux aussi). Deux assertions fausses forment pourtant une vérité scientifique.
Ce qui m’intéresse en l’occurrence c’est surtout au travers d’un exemple récent essayer d’expliquer le fossé entre les sophistes honnis mais que j’apprécie et les philosophes appréciés que j’exècre, ainsi que le danger de leur pensée.
Créationiste versus Scientifique
Les créationistes affirment que si le monde est ainsi, et qu’il y a des règles strictes, cela est forcément parce qu’un architecte a conçu les règles. Donc si il y a des règles de la physique et que le vivant paraît si improbable (il faut un ajustement serré de beaucoup de paramètres pour que nous existions) alors c’est que le dessein de la science est l’existence humain. Pourquoi, dans quelles finalités sont faites l’ensemble des règles que décrivent la science : c’est pour que l’être humain puisse exister... Tout ce qui arrive arrive par nécessité .... et derrière ce but se trouve un architecte car le hasard seul n’aurait pu permettre un tel agencement. On se retrouve donc avec le raisonnement décrit par Epicure.
Il se trouve que j’énervais passablement un prof de physique qui disait que j’étais un cancre en lui demandant systématiquement « pourquoi les choses sont-elles ainsi ? ». Un jour il a trouvé la meilleure réponse qui soit, et je l’en rermercie il m’a dit :
« la science n’a pas pour but de répondre à la question pourquoi mais comment, la question du pourquoi appartient à la métaphysique et aux religions » (dixit Mr Mahet)
Ce premier point nous fait faire un changement de point de vue opportun similaire au théorème d’incomplétude de Gödel qui rappelle que certains problèmes pour être résolus ne doivent pas être traités au niveau où ils sont posés : le créationisme ne se traite pas sur le plan scientifique mais sur le plan du sophisme [1].
Le créationisme fait une assertion de l’ordre de la conviction profonde affirmée non réfutable, la science part du doute. Comme nous doutons de tout, nous pouvons accepter le créationisme, donc un scientifique en son âme et conscience ne peut réfuter une tautologie imparable.
Philosophes versus Sophistes
En tant que sophiste qui recherche la vérité, on peut faire deux remarques : la vérité logique n’est pas la vérité : « on peut dire je suis un menteur » ce qui est un paradoxe. La vérité de nos mots n’est pas la vérité des Hommes, et vice versa.
De l’autre coté de le dernier des sophistes F. Nietzsche disait : la vérité est comme un diamant car on peut la voir jaune, vert, rose transparente ... chaque affirmation prise séparément est fausse, pourtant toutes ces affirmations regroupées sont vraies. Le sophiste ne cherche pas donc pas la vérité absolue, car l’absolu est un confort de la pensée qui nous éloigne de la recherche d’une vérité et de sa découverte, mais c’est un processus. En ceci on pourrait dire une tautologie est trop confortable pour être vraie mais dire que toute vérité est simple n’est ce pas là doublement un mensonge ?
Voilà où les sophistes sont empêtrés : la recherche du point de vue équilibré, celui de l’humain, en proie à la recherche des lois de notre univers mais aussi à sa propre faillibilité. Nos sens nous trompe, notre esprit nous trompe, mais la seule chose qui nous sauve c’est le raisonnement et sa confrontation aux opinions des autres.
Il serait donc de mauvais aloi au nom de l’équilibre de discréditer un argument fallacieux (issu de la foi) au prétexte qu’il ne respecterait pas le dogme de l’équilibre.
Cependant Epicure ne disait-il pas :
« La nécessité est un mal, mais il n’existe aucune nécessite de vivre sous l’empire du mal »
Le retour au science
Je ne serais jamais un religieux car mis à part ce que je sais être mes croyances (la capacité de tout humain à devenir qui il est), je pense qu’une vérité ne peut être acceptable que si et seulement si on peut la tester, la démontrer et la remettre en question.
En ceci le créationisme n’est pas une vérité scientifique, mais une déclaration de foi. La foi n’est pas la science. Elle est certes confortable, respectable, mais elle ne mérite pas d’être appelée scientifique.
En conclusion le créationisme peut dire ce qu’il veut, je trouve juste que c’est un bel exemple de tautologie formel, un acte de foi. Comme je ne vis pas sous l’empire du mal, je me permet de faire ce que l’on peut faire avec toute foi : la rejeter car elle ne peut être démontrée. Par contre, une chose me choque et je lutte contre elle : l’élévation du créationisme au même rang que le darwinisme scientifique, car Darwin est parti de l’observation pour bâtir une théorie objectable et expérimentable. Ce qui manque clairement au créationisme pour être considéré comme scientifique.
Et enfin à ceux qui pensent que le jargon scientifique qui habille le créationisme et les experts invoqués reconnus en science suffisent à valider une théorie comme scientifique, je répondrais qu’en science les apparences du discours comptent moins que le discours : ce n’est pas en mettant une blouse blanche à un prêtre qu’on transforme ce qu’il dit en vérité scientifique.



